L'Irlande va donc recevoir une aide financière du FESF et du FMI. Le montant oscillerait entre 50 et 90 milliards d'euros, soit une somme très importante au regard du PIB irlandais. Cette aide est la bienvenue pour détendre les taux d'intérêts des obligations irlandaises, mais pose la question de la réaction en chaîne vis-à-vis des autres pays en difficulté budgétaire, en premier lieu le Portugal et l'Espagne.
Le Portugal, dont les taux d'intérêt sont de 6,5 % actuellement, y aurait intérêt, puisque l'aide apportée sera à un taux d'intérêt bien inférieur. Au vu de ses besoins de financement en 2011, presque 20 milliards au premier semestre 2011, cette issue semble inéluctable, comme pour l'Espagne. Le Portugal a pour l'instant une dette équivalente à 82 % de son PIB et un déficit supérieur à 7 %, et avec des réformes drastiques en cours, ce n'est pas avec une récession que les choses iront en s'améliorant. Il faut donc s'attendre à ce que le Portugal soit lui aussi aidé début 2011...
L'Espagne dit évidemment ne pas avoir besoin d'aide, tout comme le Portugal, mais avec presque 10 % de déficit en 2010, et sûrement plus de 8 % en 2011, cela semble difficile à croire. Pourtant, l'Espagne n'est qu'à 65 % de dette publique, soit un niveau relativement faible comparé aux autres pays européens en difficulté (et on peut y mettre la France et l'Italie). Mais le problème espagnol est plus du côté de l'endettement privé, où l'explosion de la bulle immobilière a causé beaucoup de dégâts sur la solvabilité des ménages et fait exploser le chômage...
En conclusion, le problème européen s'aggrave, et il ne reste plus qu'à attendre son extension aux autres pays latins pour que la BCE entre en jeu, et commence à monétiser la dette de l'Europe, afin d'enfin faire plonger l'euro à des niveaux plus acceptables. Voilà où nous aura mené le protectionnisme monétaire des pays en voie de développement, refusant de laisser leurs monnaies s'apprécier pour rééquilibrer l'économie mondiale, ainsi que l'idéologie strictement anti-inflationniste des banques centrales des pays développés.
Un blog sur le futur krach de la dette publique, son explication et les moyens d'y remédier. Plus largement, une nouvelle lecture du libéralisme, séparé du capitalisme et orienté vers une autre répartition du pouvoir économique.
lundi 22 novembre 2010
vendredi 19 novembre 2010
Bernanke et Roubini
Nouriel Roubini et Ben Bernanke ont donné leurs opinions ces derniers jours, opinions en concordance avec ce blog. L'auraient-ils lu ? La probabilité est plus que faible, mais il est utile de résumer leurs propos et de souligner la correspondance entre ceux-ci et le message de ce blog.
Nouriel Roubini a parfaitement résumé la situation en France, guère plus brillante que l'Irlande ou la Grèce. L'Irlande, d'ailleurs, a donc finalement admis ses discussions avec le FESF et le FMI afin de trouver un financement complémentaire pour soulager les taux d'intérêts élevés qu'elle doit payer en ce moment. L'aveu a soulagé les marchés mais jusqu'à quand ? Le plus intéressant dans le discours de Nouriel Roubini a été d'analyser la situation politique de la France de façon judicieuse : "Sarkozy est arrivé au pouvoir en disant 'je vais faire beaucoup de réformes'. Il ne l'a pas fait. Maintenant il est affaibli, il pourrait perdre les élections, et par conséquent il retarde la rigueur et les réformes." Voilà pourquoi les réformes auront lieu après la présidentielle 2012, s'il en est encore temps.
Ben Bernanke, de son côté, a appuyé sur le point dur de l'économie mondiale : la manipulation des monnaies des pays émergents. Les pays émergents ont beau jeu de manipuler leur monnaie pour la garder artificiellement basse, afin de soutenir leurs exportations et donc leur croissance. La question qu'il pose est la bonne : "pourquoi les autorités de nombreux pays émergents ont-ils empêché l’appréciation de leurs devises à des niveaux plus adaptés à leurs fondamentaux économiques ?" La réponse est simple, mais n'est pas du tout adaptée à l'idéologie libérale d'un marché oeuvrant libéré des contraintes politiques. L'exemple est frappant, car cette manipulation des monnaies, et en premier lieu, de la Chine, répond à un besoin interne égoïste, alors qu'il mène au krach suivant des dettes publiques, et donc à l'hyperinflation par l'utilisation de la planche à billets. Mais ceci est une extrapolation à moyen terme, que Ben Bernanke n'a bien évidemment pas prononcée.
Nouriel Roubini a parfaitement résumé la situation en France, guère plus brillante que l'Irlande ou la Grèce. L'Irlande, d'ailleurs, a donc finalement admis ses discussions avec le FESF et le FMI afin de trouver un financement complémentaire pour soulager les taux d'intérêts élevés qu'elle doit payer en ce moment. L'aveu a soulagé les marchés mais jusqu'à quand ? Le plus intéressant dans le discours de Nouriel Roubini a été d'analyser la situation politique de la France de façon judicieuse : "Sarkozy est arrivé au pouvoir en disant 'je vais faire beaucoup de réformes'. Il ne l'a pas fait. Maintenant il est affaibli, il pourrait perdre les élections, et par conséquent il retarde la rigueur et les réformes." Voilà pourquoi les réformes auront lieu après la présidentielle 2012, s'il en est encore temps.
Ben Bernanke, de son côté, a appuyé sur le point dur de l'économie mondiale : la manipulation des monnaies des pays émergents. Les pays émergents ont beau jeu de manipuler leur monnaie pour la garder artificiellement basse, afin de soutenir leurs exportations et donc leur croissance. La question qu'il pose est la bonne : "pourquoi les autorités de nombreux pays émergents ont-ils empêché l’appréciation de leurs devises à des niveaux plus adaptés à leurs fondamentaux économiques ?" La réponse est simple, mais n'est pas du tout adaptée à l'idéologie libérale d'un marché oeuvrant libéré des contraintes politiques. L'exemple est frappant, car cette manipulation des monnaies, et en premier lieu, de la Chine, répond à un besoin interne égoïste, alors qu'il mène au krach suivant des dettes publiques, et donc à l'hyperinflation par l'utilisation de la planche à billets. Mais ceci est une extrapolation à moyen terme, que Ben Bernanke n'a bien évidemment pas prononcée.
dimanche 14 novembre 2010
Productivité et Redistribution
Dans le capitalisme, un des effets constants des gains de productivité que la science permet est une mauvaise distribution des revenus et des richesses.
Le terme 'mauvaise distribution' fait ici référence non pas à une notion de justice définissant une bonne distribution, mais plutôt à un optimum économique. Cet optimum économique survient lorsque la consommation et l'épargne sont suffisantes pour entraîner la croissance économique durablement au lieu de la réfréner en créant des bulles et des krachs (par un excès d'épargne en général). Dès que l'économie s'éloigne un peu trop de cet optimum, elle commence à dérailler, si bien qu'atteindre une bonne distribution, qui maintienne cet optimum est un vrai objectif économique.
Le capitalisme entretient un culte de l'individu où les gains de productivité que la science permet sont au bénéfice des producteurs, des actionnaires en particulier, puisque ce sont eux qui les font survenir. Même si cette idée est en partie vraie, l'Etat y contribue grandement par le financement de la science fondamentale, indispensable mais infinançable par la sphère privée car bien trop aléatoire dans ses résultats. De plus, malgré ce que dit l'idéologie utopique du marché, celui-ci ne peut rééquilibrer dans la réalité par la concurrence les positions dominantes prises par les producteurs. Par exemple, le marché du travail est loin de l'idéal de concurrence parfaite qui ferait du marché un outil de distribution optimum des revenus. Le chômage, induit par la productivité élevée des économies modernes aussi bien qu'une croissance économique sous-optimale, en est un exemple flagrant.
Ainsi, si le capitalisme n'arrive pas à répartir convenablement les revenus pour entretenir la croissance, apparaît une raison économique d'agir sur la distribution des revenus : répartir les gains de productivité afin de ne pas dériver trop loin de l'optimum économique. La redistribution n'est plus ancrée dans des visions politiques controversées, mais plus fondamentalement économiques. Il est possible de défendre une redistribution par l'Etat afin d'entretenir la croissance, de ne pas laisser libre cours à la surépargne, et ainsi contrecarrer les tendances profondes du capitalisme.
Le terme 'mauvaise distribution' fait ici référence non pas à une notion de justice définissant une bonne distribution, mais plutôt à un optimum économique. Cet optimum économique survient lorsque la consommation et l'épargne sont suffisantes pour entraîner la croissance économique durablement au lieu de la réfréner en créant des bulles et des krachs (par un excès d'épargne en général). Dès que l'économie s'éloigne un peu trop de cet optimum, elle commence à dérailler, si bien qu'atteindre une bonne distribution, qui maintienne cet optimum est un vrai objectif économique.
Le capitalisme entretient un culte de l'individu où les gains de productivité que la science permet sont au bénéfice des producteurs, des actionnaires en particulier, puisque ce sont eux qui les font survenir. Même si cette idée est en partie vraie, l'Etat y contribue grandement par le financement de la science fondamentale, indispensable mais infinançable par la sphère privée car bien trop aléatoire dans ses résultats. De plus, malgré ce que dit l'idéologie utopique du marché, celui-ci ne peut rééquilibrer dans la réalité par la concurrence les positions dominantes prises par les producteurs. Par exemple, le marché du travail est loin de l'idéal de concurrence parfaite qui ferait du marché un outil de distribution optimum des revenus. Le chômage, induit par la productivité élevée des économies modernes aussi bien qu'une croissance économique sous-optimale, en est un exemple flagrant.
Ainsi, si le capitalisme n'arrive pas à répartir convenablement les revenus pour entretenir la croissance, apparaît une raison économique d'agir sur la distribution des revenus : répartir les gains de productivité afin de ne pas dériver trop loin de l'optimum économique. La redistribution n'est plus ancrée dans des visions politiques controversées, mais plus fondamentalement économiques. Il est possible de défendre une redistribution par l'Etat afin d'entretenir la croissance, de ne pas laisser libre cours à la surépargne, et ainsi contrecarrer les tendances profondes du capitalisme.
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