vendredi 5 novembre 2010

La Fed monétise (encore)

M. Bernanke est un économiste pragmatique, et c'est ce qui fait sa force. Il n'a pas hésité à continuer sa politique de 'quantitative easing' (qu'il faut comprendre comme faire tourner la planche à billets) pour éviter le risque de déflation et de stagnation économique qui guettent l'Amérique. Même si 600 milliards est un chiffre assez faible au regard de la dette astronomique des Etats-Unis, il est suffisamment significatif pour faire passer le message voulu : entre le sacrifice du dollar ou de l'économie américaine, c'est le dollar qui sera choisi.

Cette position est très sensée, puisque le dollar ne survivrait de toute façon pas à une récession économique et une déflation aux Etats-Unis. Autant donc le faire couler, puisqu'il apportera avec lui l'inflation si attendue qui permettra à l'Amérique de se sortir de cette montagne de dettes qu'elle ne pourra jamais rembourser.

Le plus étonnant est que la BCE ne suive pas le mouvement, mais cela ne saurait tarder avec les problèmes économiques que devraient vivre les Etats latins fortement endettés. La solution pour l'Europe serait donc d'entrer dans la course à la dévaluation avec les Etats-Unis, mettant ainsi sous pression le yen et le yuan, et obligeant la Chine et le Japon à prendre leurs responsabilités monétaires, et à positionner leurs monnaies comme des monnaies internationales fortes. Mais cela ne fait pas encore les affaires de la Chine, qui aimerait attendre de se reposer réellement sur sa consommation intérieure pour soutenir sa croissance. Le jour où le gouvernement chinois entérinera l'idée qu'une monnaie forte peut être un facteur important de soutien de se demande intérieure, et non seulement une conséquence, ce mouvement pourra avoir lieu. Espérons qu'il arrive vite, car là se trouve la solution aux désordres économiques qui entretiennent le déséquilibre mondial.

samedi 23 octobre 2010

Rigeur en Angleterre : A bas les fonctionnaires (!)

L'Angleterre vient d'annoncer une mesure édifiante et très british pour nous autres français : le licenciement massif de fonctionnaires. Presque 500 000 fonctionnaires anglais vont disparaître d'ici à 2015, par non remplacement des départs à la retraite, mais aussi par le licenciement de fonctionnaires. Quand l'Angleterre fait une cure d'austérité, elle ne la fait pas à moitié...

Au moins le gouvernement anglais a le mérite de la cohérence, ce qui doit rassurer les marchés financiers : la réduction des déficits publics s'annonce drastique, par la baisse des dépenses et la hausse des impôts. Mais la croissance risque d'être l'aliment manquant de cette soupe anglaise indigeste, annulant les efforts du gouvernement. Le risque sur la dette est tel qu'il n'entrevoit pas d'autre solution, ou se refuse à l'autre solution logique : dévaluer la livre et lancer l'inflation...

Avec 12 % de déficit public en 2010, il est vrai que des solutions dramatiques doivent être prises, mais n'est-ce pas là le tribut d'une économie surdimensionnée sur le secteur financier et qui donc paie le prix fort de la crise des subprimes ? A moins que par chance le secteur financier anglais reprenne des couleurs en finançant la croissance vigoureuse des BRIC (ce qui est très douteux cependant). Bonne chance aux anglais, et God save the Queen, puisqu'Il ne semble pas prêt à sauver les autres anglais...

dimanche 17 octobre 2010

Attali remet ça

Jacques Attali en remet une couche, avec un deuxième rapport mettant en garde contre le déficit public. Une critique assez virulente mais justifiée de son approche récessionniste a été réalisée dans le blog ci-dessous :
http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2010/10/17/jacques-attali-expert-en-acquiescement/
Je n'y reviendrais donc pas.

Par contre deux mesures du rapport méritent d'être saluées et mises en avant, la première étant l'instauration d'une TVA sociale, une bonne mesure évidemment pour améliorer l'embauche (le coût d'une embauche est moins élevé et le licenciement moins intéressant), et qui plus est créatrice potentielle d'inflation. Autant dire que c'est une mesure à suivre rapidement et à instaurer le plus largement possible. La deuxième mesure, revoir l'impôt sur les successions, est encore plus importante, afin de procéder à un transfert national pour réduire la divergence des classes sociales, et continuer à soutenir la consommation.

Par contre, le gel des salaires des fonctionnaires est une mesure très inquiétante, car elle impactera directement la consommation, surtout si l'inflation se déclenche. D'ailleurs l'idée d'une dévaluation de l'euro, seule solution vraiment efficace de réduction de la dette publique (par de l'inflation importée et un gain de compétitivité), est complètement laissée de côté, et c'est regrettable.

Il y a donc eu des améliorations dans le deuxième rapport Attali, par rapport au premier, même si l'on reste encore dans le banalement ressassé. Peut-être le troisième rapport Attali sera-t-il un vrai succès ?